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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/105

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mollesse, & lui ôtent tout son ressort. Au contraire, l’amour véritable est un feu dévorant qui porte son ardeur dans les autres sentimens, & les anime d’une vigueur nouvelle. C’est pour cela qu’on a dit que l’amour faisoit des héros. Heureux celui que le sort eût placé pour le devenir, & qui auroit Julie pour amante !

LETTRE XIII. DE JULIE.

Je vous le disois bien que nous étions heureux ; rien ne me l’apprendmieux que l’ennui que j’éprouve au moindre changement d’état. Si nous avions des peines bien vives, une absence de deux jours nous en feroit-elle tant ? Je dis, nous, car je sais que mon ami partage mon impatience ; il la partage parce que je la sens, & il la sent encore pour lui-même : je n’ai plus besoin qu’il me dise ces choses-là.

Nous ne sommes à la campagne que d’hier au soir : il n’est pas encore l’heure où je vous verrois à la ville, & cependant mon déplacement me fait déjà trouver votre absence plus insupportable. Si vous ne m’aviez pas défendu la géométrie, je vous dirois que mon inquiétude est en raison composée des intervalles du tems & du lieu ; tant je trouve que l’éloignement ajoute au chagrin de l’absence !

J’ai apporté votre lettre & votre plan d’études pour méditer l’une & l’autre, & j’ai déjà relu deux fois la premiere : la