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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/103

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donc pour le cultiver ? s’exercer à voir ainsi qu’à sentir, & à juger du beau par inspection comme du bon par sentiment. Non, je soutiens qu’il n’appartient pas même à tous les cœurs d’être émus au premier regard de Julie.

Voilà, ma charmante écoliere, pourquoi je borne toutes vos études à des livres de goût & de mœurs ; voilà pourquoi, tournant toute ma méthode en exemples, je ne vous donne point d’autre définition des vertus qu’un tableau des gens vertueux, ni d’autres regles pour bien écrire que les livres qui sont bien écrits.

Ne soyez donc pas surprise des retranchemens que je fais à vosprécédentes lectures ; je suis convaincu qu’il faut les resserrerpour les rendre utiles, & je vois tous les jours mieux que tout ce qui ne dit rien à l’ame n’est pas digne de vous occuper. Nous allons supprimer les langues, hors l’italienne que vous savez & que vous aimez ; nous laisserons là nos élémens d’algébre &de géométrie ; nous quitterions même la physique, si les termes qu’elle vous fournit m’en laissoient le courage ; nous renoncerons pour jamais à l’histoire moderne, excepté celle de notre pays, encore n’est-ce que parce que c’est un pays libre & simple, où l’on trouve des hommes antiques dans les tels modernes ; car ne vous laissez pas éblouir par ceux qui disent que l’histoire la plus intéressante pour chacun est celle de son pays. Cela n’est pas vrai. Il y a des pays dont l’histoire ne peut pas même être lue, à moins qu’on ne soit imbécile ou négociateur. L’histoire la plus intéressante est celle où l’on trouve le plus d’exemples de mœurs, de caracteres de toute espece, en un mot le