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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/331

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plus caressant. On eût dit que toute la compagnie sentoit combien j’avois besoin d’être rassuré. Il n’y a que les cœurs François qui connaissent ces sortes de délicatesses. Cependant je trouvai plus de monde que je ne m’y étois attendu ; entre autres, le Comte d’H[...], que je ne connoissois point du tout, & sa sœur, Mde. de B

[lainvill] e, dont je me serois bien passé. Elle étoit venue plusieurs fois l’année précédente à Eaubonne : & sa belle-sœur, dans nos promenades solitaires, l’avoit souvent laissée s’ennuyer à garder le mulet. Elle avoit nourri contre moi un ressentiment qu’elle satisfit durant ce dîner tout à son aise ; car on sent que la présence du comte d’H[...]et de St. L[...]t ne mettoit pas les rieurs de mon côté, & qu’un homme embarrassé dans les entretiens les plus faciles n’étoit pas fort brillant dans celui-là. Je n’ai jamais tant souffert, ni fait plus mauvaise contenance, ni reçu d’atteintes plus imprévues. Enfin, quand on fut sorti de table, je m’éloignai de cette mégère ; j’eus le plaisir de voir St. L[...]t & Mde. d’H[...]s’approcher de moi, & nous causâmes ensemble, une partie de l’après-midi, de choses indifférentes, à la vérité, mais avec la même familiarité qu’avant mon égarement. Ce procédé ne fut pas perdu dans mon cœur ; & si St. L[...]t y eût pu lire, il en eût sûrement été content. Je puis jurer que, quoique en arrivant, la vue de Mde. d’H[...]m’eût donné des palpitations jusqu’à la défaillance, en m’en retournant je ne pensai presque pas à elle ; je ne fus occupé que de St. L[...]t.

Malgré les malins sarcasmes de Mde. de B

[lainvill] e, ce dîner me fit grand bien, & je me félicitai fort de ne m’y