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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/322

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paroître me ménager en me diffamant, & de donner encore à sa perfidie l’air de la générosité.

Je sentis les premiers effets de ce système par les sourdes accusations de la coterie H[...]e, sans qu’il me fût possible de savoir ni de conjecturer même en quoi consistoient ces accusations. Deleyre me disoit dans ses lettres qu’on m’imputoit des noirceurs ; Diderot me disoit plus mystérieusement la même chose ; & quand j’entrois en explication avec l’un & l’autre, tout se réduisoit aux chefs d’accusation ci-devant notés. Je sentois un refroidissement graduel dans les lettres de Mde. d’H[...]Je ne pouvois attribuer ce refroidissement à St. L[...]t, qui continuoit à m’écrire avec la même amitié, & qui me vint même voir après son retour. Je ne pouvois non plus m’en imputer la faute, puisque nous nous étions séparés très contens l’un de l’autre, & qu’il ne s’étoit rien passé de ma part, depuis ce temps-là, que mon départ de l’Hermitage, dont elle avoit elle-même senti la nécessité. Ne sachant donc à quoi m’en prendre de ce refroidissement, dont elle ne convenoit pas, mais sur lequel mon cœur ne prenoit pas le change, j’étois inquiet de tout. Je savois qu’elle ménageoit extrêmement sa belle-sœur & G[...], à cause de leurs liaisons avec St. L[...]t ; je craignois leurs œuvres. Cette agitation rouvrit mes plaies, & rendit ma correspondance orageuse, au point de l’en dégoûter tout à fait. J’entrevoyois mille choses cruelles, sans rien voir distinctement. J’étois dans la position la plus insupportable pour un homme dont l’imagination s’allume aisément. Si j’eusse été tout à fait isolé, si je n’avois rien sçu