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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/320

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séparé de cette capitale par mon incurie, que je l’aurois été par les mers dans l’île de Tinian.

G[...], Diderot, d’H

[olbach] , au contraire, au centre du tourbillon, vivoient répandus dans le plus grand monde, & s’en partageoient presque entre eux toutes les sphères. Grands, beaux esprits, gens de lettres, gens de robe, femmes, ils pouvoient de concert se faire écouter partout. On doit voir déjà l’avantage que cette position donne à trois hommes bien unis contre un quatrième, dans celle où je me trouvais. Il est vrai que Diderot & d’H[...]k n’étoient pas (du moins je ne puis le croire) gens à tramer des complots bien noirs ; l’un n’en avoit pas la méchanceté, ni l’autre l’habileté : mais c’étoit en cela même que la partie étoit mieux liée. G[...]seul formoit son plan dans sa tête, & n’en montroit aux deux autres que ce qu’ils avoient besoin de voir pour concourir à l’exécution. L’ascendant qu’il avoit pris sur eux rendoit ce concours facile, & l’effet du tout répondoit à la supériorité de son talent.

Ce fut avec ce talent supérieur que, sentant l’avantage qu’il pouvoit tirer de nos positions respectives, il forma le projet de renverser ma réputation de fond en comble, & de m’en faire une tout opposée, sans se compromettre, en commençant par élever autour de moi un édifice de ténèbres qu’il me fût impossible de percer pour éclairer ses manœuvres, & pour le démasquer.

Cette entreprise étoit difficile, en ce qu’il en falloit pallier l’iniquité aux yeux de ceux qui devoient y concourir. Il falloit tromper les honnêtes gens ; il falloit écarter de moi tout le