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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/313

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étoit alors couverte & quoi que pût dire & faire Mde. D’H[...]; car je voulois bien lui complaire en tout, mais non pas jusqu’à l’infamie.

Je me trouvai dans le plus terrible embarras où j’aye été de mes jours ; mais ma résolution étoit prise, je jurai, quoi qu’il arrivât, de ne pas coucher à l’Hermitage le huitième jour. Je me mis en devoir de sortir mes effets, déterminé à les laisser en plein champ plutôt que de ne pas rendre les clefs dans la huitaine : car je voulois sur-tout que tout fût fait avant qu’on pût écrire à Genève & recevoir réponse. J’étois d’un courage que je ne m’étois jamais senti : toutes mes forces étoient revenues. L’honneur & l’indignation m’en rendirent sur lesquelles Mde. D’

[Epina] y n’avoit pas compté. La fortune aida mon audace. M. Mathas, procureur fiscal de M. le prince de Condé, entendit parler de mon embarras. Il me fit offrir une petite maison qu’il avoit à son jardin de Mont-Louis, à Montmorency. J’acceptai avec empressement & reconnoissance. Le marché fut bientôt fait ; je fis en hâte acheter quelques meubles, avec ceux que j’avois déjà, pour nous coucher Thérèse & moi. Je fis charrier mes effets à grand’peine & à grands frais : malgré la glace & la neige, mon déménagement fut fait dans deux jours & le quinze Décembre je rendis les clefs de l’Hermitage, après avoir payé les gages du jardinier, ne pouvant payer mon loyer.

Quant à Mde. le Vasseur, je lui déclarai qu’il falloit nous séparer ; sa fille voulut m’ébranler, je fus inflexible. Je la fis partir pour Paris dans là voiture du messager, avec tous les