Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/300

Cette page n’a pas encore été corrigée


ne me serois pas cru capable & j’y ajoutai, en finissant, quelques discours qui ne la démentoient pas. À cette audace inattendue dans un homme ordinairement si craintif, je les vis l’un & l’autre atterrés, abasourdis, ne répondant pas un mot ; je vis sur-tout cet homme arrogant baisser les yeux à terre & n’oser soutenir les étincelles de mes regards ; mais dans le même instant, au fond de son cœur, il juroit ma perte & je suis sûr qu’ils la concertèrent avant de se séparer.

Ce fut à-peu-près dans ce temps-là que je reçus enfin par Mde. d’H[...]la réponse de St. L[...]t, datée encore de Wolfenbuttel, peu de jours après son accident, à ma lettre qui avoit tardé long-temps en route. Cette réponse m’apporta des consolations, dont j’avois grand besoin dans ce moment-là, par les témoignages d’estime & d’amitié dont elle étoit pleine & qui me donnèrent le courage & la force de les mériter. Dès ce moment, je fis mon devoir ; mais il est constant que si St. L[...]t se fût trouvé moins sensé, moins généreux, moins honnête homme, j’étois perdu sans retour.

La saison devenoit mauvaise, & l’on commençoit à quitter la campagne. Mde. d’H[...]me marqua le jour où elle comptoit venir faire ses adieux à la vallée & me donna rendez-vous à Eaubonne. Ce jour se trouva par hasard le même où Mde. D’

[Epina] y quittoit la C[...]e pour aller à Paris achever les préparatifs de son voyage. Heureusement elle partit le matin & j’eus le tems encore, en la quittant, d’aller dîner avec sa belle-sœur. J’avois la lettre de St.