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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/294

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Je n’y pense jamais sans sentir combien sont trompeurs les jugemens fondés sur l’apparence, auxquels le vulgaire donne tant de poids, combien souvent l’audace & la fierté sont du côté du coupable, la honte & l’embarras du côté de l’innocent.

Nous étions réconciliés ; c’étoit toujours un soulagement pour mon cœur, que toute querelle jette dans des angoisses mortelles. On se doute bien qu’une pareille réconciliation ne changea pas ses manières ; elle m’ôta seulement le droit de m’en plaindre. Aussi pris-je le parti d’endurer tout & de ne dire plus rien.

Tant de chagrins coup sur coup me jetèrent dans un accablement qui ne me laissoit guère la force de reprendre l’empire de moi-même. Sans réponse de St. L[...]t, négligé de Mde. d’H[...], n’osant plus m’ouvrir à personne, je commençai de craindre qu’en faisant de l’amitié l’idole de mon cœur, je n’eusse employé ma vie qu’à sacrifier à des chimères. épreuve faite, il ne restoit de toutes mes liaisons que deux hommes qui eussent conservé toute mon estime & à qui mon cœur pût donner toute sa confiance : Duclos, que depuis ma retraite à l’Hermitage j’avois perdu de vue & St. L[...]t. Je crus ne pouvoir bien réparer mes torts envers ce dernier qu’en lui déchargeant mon cœur sans réserve & je résolus de lui faire pleinement mes confessions, en tout ce qui ne compromettoit pas sa maîtresse. Je ne doute pas que ce choix ne fût encore un piège de ma passion, pour me tenir plus rapproché d’elle ; mais il est certain que je me serois jeté dans les bras de son amant sans réserve, que je