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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/292

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de mes feins amis, qu’il n’y a point de haine qu’on ne désarme à force de douceur & de bons procédés ; au lieu qu’au contraire la haine des méchans ne fait que s’animer davantage par l’impossibilité de trouver sur quoi la fonder ; & le sentiment de leur propre injustice n’est qu’un grief de plus contre celui qui en est l’objet. J’ai, sans sortir de ma propre histoire, une preuve bien forte de cette maxime dans G[...]& dans T

[ronchin] , devenus mes deux plus incapables ennemis par goût, par plaisir, par fantaisie, sans pouvoir alléguer aucun tort d’aucune espèce que j’aye eu jamais avec aucun des deux,*

[*Je n’ai donné la suite au dernier le surnom de J.... que long-temps après son inimitié déclarée & les sanglantes persécutions qu’il m’a suscitées à Genève & ailleurs. J’ai même bientôt supprimé ce nom quand je me suis vu tout-à-fait sa victime. Les basses vengeances sont indignes de mon cœur & la haine n’y prend jamais pied.] & dont la rage s’accroît de jour en jour, comme celle des tigres, par la facilité qu’ils trouvent à l’assouvir.

Je m’attendois que confus de ma condescendance & de mes avances, G[...]me recevroit, les bras ouverts, avec la plus tendre amitié. Il me reçut en empereur romain, avec une morgue que je n’avois jamais vue à personne. Je n’étois point du tout préparé à cet accueil. Quand, dans l’embarras d’un rôle si peu fait pour moi, j’eus rempli en peu de mots & d’un air timide l’objet qui m’amenoit près de lui, avant de me recevoir en grâce, il prononça, avec beaucoup de majesté, une longue harangue qu’il avoit préparée & qui contenoit la nombreuse énumération de ses rares vertus & sur-tout dans l’amitié. Il appuya sur une chose