Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/286

Cette page n’a pas encore été corrigée


garçon, qui étoit un fort bon sujet que Mde. D’

[Epina] y lui avoit donné, quitta son service, sans autre grief que l’impossibilité d’endurer de pareils traitemens : c’étoit le la Fleur de ce nouveau Glorieux.

Tout cela n’étoit que des ridicules, mais bien antipathiques à mon caractère. Ils achevèrent de me rendre suspect le sien. J’eus peine à croire qu’un homme à qui la tête tournoit de cette façon pût conserver un cœur bien placé. Il ne se piquoit de rien tant que de sensibilité d’âme & d’énergie de sentiment. Comment cela s’accordait-il avec des défauts qui sont propres aux petites âmes ? Comment les vifs & continuels élans que fait hors de lui-même un cœur sensible peuvent-ils le laisser s’occuper sans cesse de tant de petits soins pour sa petite personne ? Eh ! mon Dieu, celui qui sent embraser son cœur de ce feu céleste cherche à l’exhaler & veut montrer le dedans. Il voudroit mettre son cœur sur son visage ; il n’imaginera jamais d’autre fard.

Je me rappelai le sommaire de sa morale, que Mde. D’

[Epina] y m’avoit dit, & qu’elle avoit adopté. Ce sommaire consistoit en un seul article, savoir, que l’unique devoir de l’homme est de suivre en tout les penchans de son cœur. Cette morale, quand je l’appris, me donna terriblement à penser, quoique je ne la prisse alors que pour un jeu d’esprit. Mais je vis bientôt que ce principe étoit réellement la règle de sa conduite & je n’en eus que trop, dans la suite, la preuve à mes dépens. C’est la doctrine intérieure dont Diderot m’a tant parlé, mais qu’il ne m’a jamais expliquée.

Je me rappelai les fréquens avis qu’on m’avoit donnés, il