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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/272

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l’ai priée de vous dire sincèrement ce qu’elle pense. Pour la mettre bien à son aise, je lui ai dit que je ne voulois point voir sa lettre & je vous prie de ne me rien dire de ce qu’elle contient."

"Je n’enverrai pas ma lettre, puisque vous vous y opposez ; mais, me sentant très grièvement offensé, il y auroit, à convenir que j’ai tort, une bassesse & une fausseté que je ne saurois me permettre. L’évangile ordonne bien à celui qui reçoit un soufflet d’offrir l’autre joue, mais non pas de demander pardon. Vous souvenez vous de cet homme de la comédie, qui crie, en donnant des coups de bâton ? Voilà le rôle du philosophe."

"Ne vous flattez pas de l’empêcher de venir par le mauvais tems qu’il fait. Sa colere lui donnera le tems & les forces que l’amitié lui refuse & ce sera la premiere fois de sa vie qu’il sera venu le jour qu’il avoit promis."

"Il s’excédera pour venir me répéter de bouche les injures qu’il me dit dans ses lettres ; je ne les endurerai rien moins que patiemment. Il s’en retournera être malade à Paris ; & moi je serai, selon l’usage, un homme fort odieux. Que faire ? Il faut souffrir."

"Mais n’admirez-vous pas la sagesse de cet homme qui vouloit me venir prendre à St. Denis en fiacre, y dîner, me ramener en fiacre ; & à qui, huit jours après, sa fortune ne permet plus d’aller à l’Hermitage autrement qu’à pied ? Il n’est pas absolument impossible, pour parler son langage, que ce soit là le ton de la bonne foi ; mais, en ce cas, il faut qu’en huit jours il soit arrivé d’étranges changemens dans sa fortune."