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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/270

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encore y auroit-il bien à dire là-dessus, si l’on pouvoit vous parler sans vous fâcher Une femme de quatre-vingts ans ! etc. On m’a dit une phrase d’une lettre du fils de Mde. D’

[Epina] y, qui a dû vous peiner beaucoup, ou je connois mal le fond de votre ame."

Il faut expliquer les deux dernières phrases de cette lettre.

Au commencement de mon séjour à l’Hermitage, Mde. le Vasseur parut s’y déplaire & trouver l’habitation trop seule. Ses propos là-dessus m’étant revenus, je lui offris de la renvoyer à Paris si elle s’y plaisoit davantage, d’y payer son loyer, & d’y prendre le même soin d’elle que si elle étoit encore avec moi. Elle rejetta mon offre, me protesta qu’elle se plaisoit fort à l’Hermitage, que l’air de la campagne lui faisoit du bien ; & l’on voyoit que cela étoit vrai ; car elle y rajeunissoit pour ainsi dire & s’y portoit beaucoup mieux qu’à Paris. Sa fille m’assura même qu’elle eût été dans le fond très fâchée que nous quittassions l’Hermitage, qui réellement étoit un séjour charmant, aimant fort le petit tripotage du jardin & des fruits, dont elle avoit le maniement ; mais qu’elle avoit dit ce qu’on lui avoit fait dire, pour tâcher de m’engager à retourner à Paris.

Cette tentative n’ayant pas réussi, ils tâchèrent d’obtenir par le scrupule l’effet que la complaisance n’avoit pas produit, & me firent un crime de garder là cette vieille femme, loin des secours dont elle pouvoit avoir besoin à son âge ; sans songer qu’elle & beaucoup d’autres vieilles gens, dont l’excellent air du pays prolonge la vie, pouvoient tirer ces