Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/255

Cette page n’a pas encore été corrigée


nous nous rendions quelquefois, chacun de notre côté. J’arrivois le premier, j’étois fait pour l’attendre ; mais que cette attente me coûtoit cher ! Pour me distraire, j’essayois d’écrire avec mon crayon des billets que j’aurois pu tracer du plus pur de mon sang : je n’en ai jamais pu achever un qui fût lisible. Quand elle en trouvoit un dans la niche dont nous étions convenus, elle n’y pouvoit voir autre chose que l’état vraiment déplorable où j’étois en l’écrivant. Cet état, & sur-tout sa durée, pendant trois mais d’irritation continuelle & de privations, me jeta dans un épuisement dont je n’ai pu me tirer de plusieurs années, & finit par me donner une incommodite que j’emporterai, ou qui m’emportera au tombeau. Telle a été la seule jouissance amoureuse de l’homme du tempérament le plus combustible, mais le plus timide en même temps, que peut-être la nature oit jamais produit. Tels ont été les derniers beaux jours qui m’oient été comptés sur la terre : ici commence le long tissu des malheurs de ma vie, où l’on verra peu d’interruption.

On a vu dans tout le cours de ma vie que mon cœur transparent comme le cristal n’a jamais sçu cacher, durant une minute entière, un sentiment un peu vif qui s’y fût réfugié. Qu’on juge s’il me fût possible de cacher long-temps mon amour pour Mde. d’H

[oudeto] t. Notre intimité frappoit tous les yeux, nous n’y mettions ni secret ni mystère. Elle n’étoit pas de nature à en avoir besoin, & comme Mde. d’H[...]avoit pour moi l’amitié la plus tendre, qu’elle ne se reprochoit point ; que j’avois pour elle une estime dont personne ne connoissoit mieux que moi toute la justice ;