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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/250

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elle prit un air humble pour me rassurer ; & pour me rendre entreprenant, elle poussa cette humilité jusqu’à la défiance. Mde. d’H[...], sans cesser de me rappeller à mon devoir, à la raison, sans jamais flatter un moment ma folie, me traitoit au reste avec la plus grande douceur & prit avec moi le ton de l’amitié la plus tendre. Cette amitié m’eût suffi, je le proteste, si je l’avois crue sincère ; mais la trouvant trop vive pour être vraie, n’allai-je pas me fourrer dans la tête que l’amour, désormois si peu convenable à mon âge, à mon maintien, m’avoit avili aux yeux de Mde. d’Houdetot ; que cette jeune folle ne vouloit que se divertir de moi & de mes douceurs surannées ; qu’elle en avoit fait confidence à St. L[...]t & que

l’indignation de mon infidélité ayant fait entrer son amant dans ses vues, ils s’entendoient tous les deux pour achever de me faire tourner la tête & me persifler ? Cette bêtise, qui m’avoit fait extravaguer, à vingt-six ans, auprès de Mde. de Larnage, que je ne connoissois pas, m’eût été pardonnable à quarante-cinq, auprès de Mde. d’Houdetot, si j’eusse ignoré qu’elle & son amant étoient trop honnêtes gens l’un & l’autre pour se faire un aussi barbare amusement.

Mde. d’H[...]continuoit à me faire des visites que je ne tardai pas à lui rendre. Elle aimoit à marcher, ainsi que moi : nous faisions de longues promenades dans un pays enchanté. Content d’aimer & de l’oser dire, j’aurois été dans la plus douce situation, si mon extravagance n’en eût détruit tout le charme. Elle ne comprit rien d’abord à la sotte humeur avec laquelle je recevois ses caresses : mais mon cœur, incapable