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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/243

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mois que le mauvais tems me tint davantage à l’abri des survenans, je savourai plus que je n’ai fait avant & depuis, cette vie indépendante, égale & simple, dont la jouissance ne faisoit pour moi qu’augmenter le prix, sans autre compagnie que celle des deux gouverneuses en réalité, & celle des deux cousines en idée. C’est alors sur-tout que je me félicitois chaque jour davantage du parti que j’avois eu le bon sens de prendre, sans égard aux clameurs de mes amis, fâchés de me voir affranchi de leur tyrannie ; & quand j’appris l’attentat d’un forcené ; quand De Leyre & Mde. D’

[Epina] y me parloient dans leurs lettres du trouble & de l’agitation qui régnoient dans Paris, combien je remerciai le Ciel de m’avoir éloigné de ces spectacles d’horreurs & de crimes, qui n’eussent fait que nourrir, qu’aigrir l’humeur bilieuse que l’aspect des désordres publics m’avoit donnée ; tandis que ne voyant plus autour de ma retraite que des objets riants & doux, mon cœur ne se livroit qu’à des sentimens aimables.

Je note ici avec complaisance le cours des derniers momens paisibles qui m’ont été laissés. Le printemps qui suivit cet hiver si calme, vit éclore le germe des malheurs qui me restent à décrire, & dans le tissu desquels on ne verra plus d’intervalle semblable où j’aye eu le loisir de respirer.

Je crois pourtant me rappeller que durant cet intervalle de paix, & jusqu’au fond de ma solitude, je ne restai pas tout à fait tranquille de la part des H

[olbachien] s. Diderot me suscita quelque tracasserie, & je suis fort trompé si ce n’est durant cet hiver que parut le Fils naturel, dont j’aurai