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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/242

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savoir de mes nouvelles. Jamais je n’eus de si vrais témoignages de son amitié pour moi & jamais la mienne n’y répondit plus vivement. J’aurois tort de ne pas spécifier parmi ces témoignages, qu’elle m’envoya son portroit, & qu’elle me demanda des instructions pour avoir le mien, peint par La Tour, & qui avoit été exposé au sallon. Je ne dois pas non plus omettre une autre de ses attentions, qui paraîtra risible, mais qui fait trait à l’histoire de mon caractère, par l’impression qu’elle fit sur moi. Un jour qu’il geloit très fort, en ouvrant un paquet qu’elle m’envoyoit de plusieurs commissions dont elle s’étoit chargée, j’y trouvai un petit jupon de dessous, de flanelle d’Angleterre, qu’elle me marquoit avoir porté, & dont elle vouloit que je me fisse un gilet. Ce soin, plus qu’amical, me parut si tendre, comme si elle se fût dépouillée pour me vêtir, que, dans mon émotion, je baisai vingt fois en pleurant le bill & le jupon. Thérèse me croyoit devenu fou. Il est singulier que, de toutes les marques d’amitié que Mde. D’

[Epina] y m’a prodiguées, aucune ne m’a jamais touché comme celle-là ; & que même, depuis notre rupture, je n’y ai jamais repensé sans attendrissement. J’ai long-temps conservé son petit billet ; & je l’aurois encore, s’il n’eût eu le sort de mes autres lettres du même temps.

Quoique mes rétentions me laissassent alors peu de relâche en hiver & qu’une partie de celui-ci je fusse réduit à l’usage des sondes, ce fut pourtant, à tout prendre, la saison que depuis ma demeure en France j’ai passée avec le plus de douceur & de tranquillité. Durant quatre ou cinq