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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/237

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qui avoit l’air d’une massue, & suivi d’autres vauriens de son espèce ; pour rassurer les gouverneuses que cet homme effrayoit terriblement, je fis coucher son successeur toutes les nuits à l’Hermitage ; & cela ne les tranquillisant pas encore, je fis demander à Mde. D’

[Epina] y un fusil que je tins dans la chambre du jardinier, avec charge à lui de ne s’en servir qu’au besoin, si l’on tentoit de forcer la porte ou d’escalader le jardin, & de ne tirer qu’à poudre, uniquement pour effrayer les voleurs. C’étoit assurément la moindre précaution que pût prendre pour la sûreté commune un homme incommodé, ayant à passer l’hiver au milieu des bois, seul avec deux femmes timides. Enfin, je fis l’acquisition d’un petit chien pour servir de sentinelle. De Leyre m’étant venu voir dans ce temps-là, je lui contai mon cas, & ris avec lui de mon appareil militaire. De retour à Paris il en voulut amuser Diderot à son tour, & voilà comment la cotterie H[...]e apprit que je voulois tout de bon passer l’hiver à l’Hermitage. Cette constance qu’ils n’avoient pu se figurer les désorienta, & en attendant qu’ils imaginassent quelqu’autre tracasserie pour me rendre mon séjour déplaisant, ils me détachèrent par Diderot le même De Leyre, qui d’abord ayant trouvé mes précautions toutes simples, finit par les trouver inconséquentes à mes principes, & pis que ridicules, dans des lettres où il m’accabloit de plaisanteries amères, & assez piquantes pour m’offenser, si mon humeur eût été tournée de ce côté-là. Mais alors saturé de sentimens affectueux & tendres, & n’étant susceptible d’aucun autre, je ne voyois dans ses aigres sarcasmes que le mot pour rire,