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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/183

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m’avoit frappé quand je le vis pour la premier fois, avant mon voyage à Genève. Il m’étoit échappé de dire dans mon transport : Ah, Madame, quelle habitation délicieuse ! voilà un asyle tout fait pour moi. Mde. D’

[Epina] y ne releva pas beaucoup mon discours ; mais à ce second voyage je fus tout surpris de trouver au lieu de la vieille masure, une petite maison presque entièrement neuve, fort bien distribuée & très logeable pour un petit ménage de trois personnes. Mde. D’

[Epina] y avoit fait faire cet ouvrage en silence & à très-peu de frais, en détachant quelques matériaux & quelques ouvriers de ceux du château. Au second voyage elle me dit en voyant ma surprise : mon ours, voilà votre asyle ; c’est vous qui l’avez choisi, c’est l’amitié qui vous l’offre ; j’espère qu’elle vous ôtera la cruelle idée de vous éloigner de moi. Je ne crois pas avoir été de mes jours plus vivement, plus délicieusement ému ; je mouillai de pleurs la main bienfaisante de mon amie & si je ne fus pas vaincu dès cet instant même, je fus extrêmement ébranlé. Mde. D’

[Epina] y, qui ne vouloit pas en avoir le démenti, devint si pressante, employa tant de moyens, tant de gens pour me circonvenir, jusqu’à gagner pour cela Mde. le Vasseur & sa fille, qu’enfin elle triompha de mes résolutions. Renonçant au séjour de ma patrie, je résolus, je promis d’habiter l’Hermitage, & en attendant que le bâtiment fût sec, elle prit le soin d’en préparer les meubles, ensorte que tout fut prêt pour y entrer le printemps suivant.

Une chose qui aida beaucoup à me déterminer fut l’établissement de Voltaire auprès de Genève ; je compris que