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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/182

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m’écrivit une lettre honnête, mais froide, qu’on trouvera dans mes recueils. Je reçus des particuliers, entre autres de De Luc & de Jalabert, quelques compliments ; & ce fut là tout : je ne vis point qu’aucun Genevois me sût un vrai gré du zèle de cœur qu’on sentoit dans cet ouvrage. Cette indifférence scandalisa tous ceux qui la remarquèrent. Je me souviens que, dînant un jour à Clichy chez Mde. D[...]n, avec C

[rommeli] n, résident de la république & avec M. de Mairan, celui-ci dit en pleine table que le conseil me devoit un présent & des honneurs publics pour cet ouvrage & qu’il se déshonoroit s’il y manquoit. C

[rommeli] n, qui étoit un petit homme noir & bassement méchant, n’osa rien répondre en ma présence, mais il fit une grimace effroyable qui fit sourire Mde. D[...]n. Le seul avantage que me procura cet ouvrage, outre celui d’avoir satisfait mon cœur, fut le titre de citoyen, qui me fut donné par mes amis, puis par le public à leur exemple & que j’ai perdu dans la suite, pour l’avoir trop bien mérité.

Ce mauvais succès ne m’auroit pas détourné d’exécuter ma retraite à Genève, si des motifs plus puissans sur mon cœur n’y avoient pas concouru. M. D’

[Epina] y voulant ajouter une aile qui manquoit au château de la C[...]e, faisoit une dépense immense pour l’achever. étant allé voir un jour, avec Mde. D’

[Epina] y, ces ouvrages, nous poussâmes notre promenade un quart de lieue plus loin, jusqu’au réservoir des eaux du parc, qui touchoit la forêt de Montmorency & où étoit un joli potager avec une petite loge fort délabrée qu’on appeloit l’Hermitage. Ce lieu solitaire & très-agréable