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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/171

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grand agrément ; car j’ai toujours préféré le théâtre-françois aux deux autres. La pièce fut reçue avec applaudissement & représentée sans qu’on en nommât l’auteur ; mais j’ai lieu de croire que les comédiens & bien d’autres ne l’ignoroient pas. Les demoiselles Gaussin & Grandval jouoient les rôles d’amoureuses ; & quoique l’intelligence du tout fût manquée à mon avis, on ne pouvoit pas appeller cela une pièce absolument mal jouée. Toutefois je fus surpris & touché de l’indulgence du public, qui eut la patience de l’entendre tranquillement d’un bout à l’autre & d’en souffrir même une seconde représentation, sans donner le moindre signe d’impatience. Pour moi, je m’ennuyai tellement à la première, que je ne pus tenir jusqu’à la fin ; & sortant du spectacle, j’entrai au café de Procope où je trouvai Boissi & quelques autres, qui probablement s’étoient ennuyés comme moi. Là je dis hautement mon peccavi, m’avouant humblement ou fièrement l’auteur de la pièce & en parlant comme tout le monde en pensoit. Cet aveu public de l’auteur d’une mauvaise pièce qui tombe fut fort admiré & me parut très peu pénible. J’y trouvai même un dédommagement d’amour-propre dans le courage avec lequel il fut fait ; & je crois qu’il y eut en cette occasion plus d’orgueil à parler, qu’il n’y auroit eu de sotte honte à se taire. Cependant, comme il étoit sûr que la pièce, quoique glacée à la représentation, soutenoit la lecture, je la fis imprimer ; & dans la préface, qui est un de mes bons écrits, je commençai de mettre à découvert mes principes, un peu plus que je n’avois fait jusqu’alors.

J’eus bientôt occasion de les développer tout à fait dans un