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Qui du rang des badauts sauve l’homme poli ?
Saut-il donc aujourd’hui m’en aller dans le monde
Vanter impudemment ma science profonde,
Et toujours en secret démenti par mon cœur,
Me prodiguer l’encens & les degrés d’honneur ?
Faudra-t-il, d’un dévot affectant la grimace,
Faire servir le ciel à gagner une place,
Et par l’hypocrisie assurant mes projets,
Grossir l’heureux essaim de ces hommes parfaits,
De ces humbles dévots, de qui la modestie
Compte par leurs vertus tous les jours de leur vie ?
Pour glorifier Dieu leur bouche a tour-à-tour
Quelque nouvelle grace à rendre chaque jour ;
Mais l’orgueilleux en vain d’une adresse chrétienne,
Sous la gloire de Dieu veut étaler la sienne.
L’homme vraiment sensé fait le mépris qu’il doit
Des mensonges du fat & du sot qui les croit.


Non, je ne puis forcer mon esprit, né sincere,
A déguiser ainsi mon propre caractere,
Il en coûteroit trop de contrainte à mon cœur ;
A cet indigne prix je renonce au bonheur.
D’ailleurs il faudroit donc, sils lâche & mercenaire,
Trahir indignement les bontés d’une mere ;
Et payant en ingrat tant de bienfaits reçus,
Laisser à d’autres mains les soins qui lui sont dus ?
Ah ! ces soins sont trop chers à ma reconnoissance ;
Si le-ciel n’a rien mis de plus en ma puissance,