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Orateurs chrétiens en attaquant la comédie, condamnent ce qu’ils ne connoissent pas ; vous avez au contraire étudié, analysé, composé vous-même pour en mieux juger les effets, le poison dangereux dont vous cherchez à nous préserver ; & vous décriez nos pieces de théâtre avec l’avantage non-seulement d’en avoir vu, mais d’en avoir fait. Néanmoins cet avantage même forme contre vous une objection incommode, que vous paroissez avoir sentie en n’osent vous la faire, & à laquelle vous avez indirectement tâché de répondre. Les spectacles, selon vous, sont nécessaires dans une ville aussi corrompue que celle que vous avez habitée long-tems ; & c’est apparemment pour ses habitans pervers, (car ce n’est pas certainement pour votre patrie) que vos pieces ont été composées. C’est-à-dire, Monsieur, que vous nous avez traité comme ces animaux expirans, qu’on acheve dans leurs maladies de peur de les voir trop long-tems souffrir. Assez d’autres sans vous auroient pris ce soin ; & votre délicatesse n’aura-t-elle rien à se reprocher à notre égard ? Je le crains d’autant plus, que le talent dont vous avez montré au théâtre lyrique de si heureux essais, comme musicien & comme poete, est du moins aussi propre à faire aux spectacles des partisans, que votre éloquence à leur en enlever. Le plaisir de vous lire ne nuira point à celui de vous entendre ; & vous aurez long-tems la douleur de voir le Devin du village détruire tout le bien que vos Ecrits contre la comédie auroient pu nous faire.

Il me reste à vous dire un mot sur les deux autres articles de votre lettre, & en premier lieu sur les raisons que vous apportez contre l’établissement d’un théâtre de comédie à Geneve. Cette