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X. Qu’une semblable éducation, M. T. C. F., est opposée à celle que prescrivent, de concert, la vraie religion & la saine raison ? Toutes deux veulent qu’un Maître sage & vigilant épie en quelque sorte dans son Eleve les premieres lueurs de l’intelligence, pour l’occuper des attraits de la vérité, les premiers mouvemens du cœur, pour le fixer par les charmes de la vertu. Combien en effet n’est-il pas plus avantageux de prévenir les obstacles, que d’avoir à les surmonter ? Combien n’est-il pas à craindre, que, si les impressions du vice précédent les leçons de la vertu, l’homme parvenu à un certain âge, ne manque de courage, ou de volonté pour résister au vice ? Une heureuse expérience ne prouve-t-elle pas tous les jours, qu’après les déréglemens d’une jeunesse imprudente & emportée, on revient enfin aux bons principes qu’on a reçus dans l’enfance ?

XI. Au reste, M. T. C. F., ne soyons point surpris que l’Auteur d’EMILE remette à un tems si reculé la connoissance de l’existence de Dieu : il ne la croit pas nécessaire au salut. Il est clair, dit-il, par l’organe d’un personnage chimérique, il est clair que tel homme parvenu jusqu’à la vieillesse, sans croire en Dieu, ne sera pas pour cela privé de sa présence s l’autre, si son aveuglement n’a point été volontaire, & je dis qu’il ne l’est pas toujours. Remarquez, M. T. C. F., qu’il ne s’agit point ici d’un homme qui seroit dépourvu de l’usage de sa raison, mais uniquement de celui dont la raison ne seroit point aidée de l’instruction. Or, une telle prétention est souverainement absurde, sur-tout dans le systême d’un Ecrivain qui soutient que la raison est absolument