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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/442

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plaisir d’écrire que par aucun motif d’intérêt pour moi, ni d’avantage ou de préjudice d’autrui. Et quiconque lira mes Confessions impartialement, si jamais cela arrive, sentira que les aveux que j’y fais sont plus humilians plus pénibles à faire que ceux d’un mal plus grand mais moins honteux à dire, & que je n’ai pas dit parce que je ne l’ai pas fait.

Il suit de toutes ces réflexions que la profession de véracité que je me suis faite a plus son fondement sur des sentimens de droiture & d’équité que sur la réalité des choses, & que j’ai plus suivi dans la pratique les directions morales de ma conscience que les notions abstraites du vrai & du faux. J’ai souvent débité bien des fables, mais j’ai très-rarement menti. En suivant ces principes j’ai donné sur moi beaucoup de prise aux autres, mais je n’ai fait tort à qui que ce fût, & je ne me suis point attribué à moi-même plus d’avantage qu’il ne m’en étoit dû. C’est uniquement par là, ce me semble, que la vérité est une vertu. À tout autre égard elle n’est pour nous qu’un être métaphysique dont il ne résulte ni bien ni mal. Je ne sens pourtant pas mon cœur assez content de ces distinctions pour me croire tout à fait irrépréhensible. En pesant avec tant de soin ce que je devais aux autres, ai-je assez examiné ce que je me devais à moi-même ? S’il faut être juste pour autrui il faut être vrai pour soi, c’est un hommage que l’honnête homme doit rendre à sa propre dignité. Quand la stérilité de ma conversation me forçoit d’y suppléer par d’innocentes fictions j’avois tort, parce qu’il ne faut point pour amuser autrui s’avilir soi-même ; & quand, entraîné par