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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/91

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suffisant des maux qu’ils se font mutuellement, à mesure qu’ils s’instruisent du bien qu’ils devroient se faire, ou s’ils ne seroient pas, à tout prendre, dans une situation plus heureuse de n’avoir ni mal à craindre ni bien à espérer de personne, que de s’être soumis à une dépendance universelle, & de s’obliger à tout recevoir de ceux qui ne s’obligent à leur rien donner.

N’allons pas sur-tout conclure avec Hobbes, que pour n’avoir aucune idée de la bonté, l’homme soit naturellement méchant ; qu’il soit vicieux parce qu’il ne connoît pas la vertu ; qu’il refuse toujours à ses semblables des services qu’il ne croit pas leur devoir, ni qu’en vertu du droit qu’il s’attribue avec raison aux choses dont il a besoin, il s’imagine follement être le seul propriétaire de tout l’univers. Hobbes a tres-bien vu le défaut de toutes les définitions modernes du droit naturel : mais les conséquences qu’il tire de la sienne montrent qu’il la prend dans un sens qui n’est pas moins faux. En raisonnant sur les principes qu’il établit, cet Auteur devoit dire que l’état de nature étant celui ou le soin de notre conservation est le moins préjudiciable à celle d’autrui, cet état étoit par conséquent le plus propre à la paix, & le plus convenable au genre-humain. Il dit précisément le contraire, pour avoir fait entrer mal-à-propos dans le soin de la conservation de l’homme sauvage, le besoin de satisfaire une multitude de passions qui sont l’ouvrage de la société, & qui ont rendu les loix nécessaires. Le méchant, dit-il, est un enfant robuste. Il reste à savoir si l’homme sauvage est un enfant robuste. Quand on le lui accorderoit, qu’en concluroit-il ? Que si,