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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/56

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de la sociabilité, que me paroissent découler toutes les regles du droit naturel ; regles que la raison est ensuite forcée de rétablir sur d’autres fondemens, quand, par me développemens successifs, elle est venue à bout d’étouffer la nature.

De cette maniere, on n’est point obligé de faire de l’homme un philosophe avant que d’en faire un homme ; ses devoirs envers autrui ne lui sont pas uniquement dictés par les tardives leçons de la sagesse ; & tant qu’il ne résistera point à l’impulsion intérieure de la commisération, il ne fera jamais du mal à un autre homme, ni même à aucun être sensible ; excepté dans le cas légitime où sa conservation se trouvant intéressée, il est obligé de se donner la préférence à lui-même. Par ce moyen, on termine aussi les anciennes disputes sur la participation des animaux à la loi naturelle ; car il est clair que, dépourvus de lumieres & de liberté, ils ne peuvent reconnoître cette loi ; mais tenant en quelque chose à notre nature par la sensibilité dont ils sont doués, on jugera qu’ils doivent aussi participer au droit naturel, & que l’homme est assujetti envers eux à quelque espece de devoirs. Il semble, en effet, que si je suis obligé de ne faire aucun mal à mon semblable, c’est moins parce qu’il est un être raisonnable, que parce qu’il est un être sensible ; qualité qui étant commune à la bête & à