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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/550

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lumieres de détail pour conserver l’intégrité & l’austérité d’un jugement qui sans cela deviendroit inutile.

À l’égard du tribunal qui prononceroit cette sentence, je voudrois que ce ne fût ni le Sénat ni la Diete ni aucun Corps revêtu de quelque autorité dans le Gouvernement, mais un ordre entier de citoyens qui ne peut être aisément ni trompé ni corrompu. Il me paroît que les Cives electi, plus instruits plus expérimentés que les servans d’Etat, & moins intéressés que les gardiens des loix déjà trop voisins du Trône, seroient précisément le Corps intermédiaire où l’on trouveroit à la fois le plus de lumieres & d’intégrité, le plus propre à ne porter que des jugemens sûrs & par-là préférables aux deux autres en cette occasion. Si même il arrivoit que ce Corps ne fût pas assez nombreux pour un jugement de cette importance, j’aimerois mieux qu’on lui donnât des adjoins tirés des servans d’Etat que des Gardiens des loix. Enfin je voudrois que ce tribunal ne fût présidé par aucun homme en place, mais par un Maréchal tiré de son Corps & qu’il éliroit lui-même, comme ceux des Dietes & des confédérations : tant il faudroit éviter qu’aucun intérêt particulier n’influât dans cet acte, qui peut devenir très-auguste ou très-ridicule selon la maniere dont il y sera procédé.

En finissant cet article de l’élection & du jugement des Rois, je dois dire ici qu’une chose dans vos usages m’a paru bien choquante & bien contraire à l’esprit de votre constitution ; c’est de la voir presque renversée & anéantie à la mort du Roi jusqu’à suspendre & fermer tous les tribunaux, comme si cette constitution tenoit tellement à ce