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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/546

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Ainsi, & cette observation est d’un grand poids : nous réunissons par cette forme tous les avantages de l’élection à ceux de l’hérédité.

Car premierement la Couronne ne passant point du pere au fils, il n’y aura jamais continuité de systême pour l’asservissement de la République. En second lieu le sort même dans cette forme est l’instrument d’une élection éclairée & volontaire. Dans le Corps respectable des Gardiens des loix & des Palatins qui en sont tirés, il ne peut faire un choix, quel qu’il puisse être, qui n’oit été déjà fait par la nation.

Mais voyez quelle émulation cette perspective doit porter dans le corps des Palatins & grands Castellans qui dans des places à vie pourroient se relâcher par la certitude qu’on ne peut plus les leur ôter. Ils ne peuvent plus être contenus par la crainte ; mais l’espoir de remplir un Trône que chacun d’eux voit si près de lui est un nouvel aiguillon qui les tient sans cesse attentifs sur eux-mêmes. Ils savent que le sort les favoriseroit en vain s’ils sont rejetés à l’élection & que le seul moyen d’être choisis est de le mériter. Cet avantage est trop grand trop évident pour qu’il soit nécessaire d’y insister.

Supposons un moment pour aller au pis qu’on ne peut éviter la fraude dans l’opération du sort & qu’un des concurrens vint à tromper la vigilance de tous les autres si intéressés à cette opération. Cette fraude seroit un malheur pour les Candidats exclus, mais l’effet pour la République seroit le même que si la décision du sort eût été fidele : car on n’en auroit pas moins l’avantage de l’élection, on n’en préviendroit pas moins les troubles des interregnes & les dangers