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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/535

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Le second moyen, sans lequel le premier n’est rien est d’ouvrir une porte aux serfs pour acquérir la liberté & aux bourgeois pour acquérir la noblesse. Quand la chose dans le fait ne seroit pas praticable, il faudroit au moins qu’on la vît telle en possibilité ; mais on peut faire plus, ce me semble, & cela sans courir aucun risque. Voici par exemple un moyen qui me paroît mener de cette maniere au but proposé.

Tous les deux ans dans l’intervalle d’une Diete à l’autre, on choisiroit dans chaque province un tems & un lieu convenables où les Elus de la même province qui ne seroient pas encore Sénateurs députés s’assembleroient, sous la présidence d’un Custos legum qui ne seroit pas encore Sénateur à vie, dans un comité censorial ou de bienfaisance auquel on inviteroit, non tous les curés, mais seulement ceux qu’on jugeroit les plus dignes de cet honneur. Je crois même que cette préférence formant un jugement tacite aux yeux du peuple pourroit jetter aussi quelque émulation parmi les curés de village, & en garantir un grand nombre des mœurs crapuleuses auxquelles ils ne sont que trop sujets.

Dans cette assemblée, où l’on pourroit encore appeler des vieillards & notables de tous les états, on s’occuperoit à l’examen des projets d’établissemens utiles pour la province, on entendroit les rapports des curés sur l’état de leurs paroisses & des paroisses voisines, celui des notables sur l’état de la culture, sur celui des familles de leur canton, on vérifieroit soigneusement ces rapports ; chaque membre du comité y ajouteroit ses propres observations, & l’on tiendroit de tout cela un fidele registre dont on tireroit des mémoires succincts, pour les Diétines.