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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/524

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servir pour établir leur pouvoir. Les armées de Sylla, de Pompée & de César devinrent de véritables troupes réglées qui substituerent l’esprit du Gouvernement militaire à celui du républicain ; & cela est si vrai que les soldats de César se tinrent très-offensés quand dans un mécontentement réciproque il les traita de citoyens, Quirites. Dans le plan que j’imagine & que j’acheverai bientôt de tracer, toute la Pologne deviendra guerriere autant pour la défense de sa liberté contre les entreprises du Prince que contre celles de ses voisins, & j’oserai dire que, ce projet une fois bien exécuté l’on pourroit supprimer la charge de grand-général & la réunir à la Couronne sans qu’il en résultât le moindre danger pour la liberté, à moins que la nation ne se laissât leurrer par des projets de conquêtes, auquel cas je ne répondrois plus de rien. Quiconque veut ôter aux autres leur liberté finit presque toujours par perdre la sienne : cela est vrai même pour les Rois & bien plus vrai sur-tout pour les peuples.

Pourquoi l’ordre Equestre en qui réside véritablement la République ne suivrait-il pas lui-même un plan pareil à celui que je propose pour l’infanterie ? Etablissez dans tous les Palatinats des Corps de cavalerie où toute la noblesse soit inscrite, & qui ait ses officiers, son Etat-major, ses étendards, ses quartiers assignés en cas d’alarmes, ses tems marqués pour s’y rassembler tous les ans : que cette brave noblesse s’exerce à escadronner, à faire toutes sortes de mouvemens, d’évolutions, à mettre de l’ordre & de la précision dans ses manœuvres, à connoître la subordination militaire. Je ne voudrois point qu’elle imitât servilement la tactique des autres nations.