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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/513

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Je voudrois qu’on imposât toujours les bras des hommes plus que leurs bourses ; que les chemins les ponts les édifices publics, le service du Prince & de l’Etat se fissent par des corvées & non point à prix d’argent. Cette sorte d’impôt est au fond la moins onéreuse, & sur-tout celle dont on peut le moins abuser : car l’argent disparoît en sortant des mains qui le payent, mais chacun voit à quoi les hommes sont employés & l’on ne peut les surcharger à pure perte. Je sais que cette méthode est impraticable où regnent le luxe le commerce & les arts : mais rien n’est si facile chez un peuple simple & de bonnes mœurs, & rien n’est plus utile pour les conserver telles : c’est une raison de plus pour la préférer.

Je reviens donc aux Starosties, & je conviens derechef que le projet de les vendre pour en faire valoir le produit au profit du trésor public est bon & bien entendu quant à son objet économique ; mais quant à l’objet politique & moral ce projet est si peu de mon goût que si les Starosties étoient vendues, je voudrois qu’on les rachetât pour en faire le fonds des salaires & récompenses de ceux qui serviroient la patrie ou qui auroient bien mérité d’elle. En un mot je voudrois, s’il étoit possible qu’il n’y eût point de trésor public & que le fisc ne connût pas même les payemens en argent. Je sens que la chose à la rigueur n’est pas possible ; mais l’esprit du Gouvernement doit toujours tendre à la rendre telle, & rien n’est plus contraire à cet esprit que la vente dont il s’agit. La République en seroit plus riche, il est vrai, mais le ressort du Gouvernement en seroit plus foible en proportion.

J’avoue que la régie des biens publics en deviendroit plus