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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/507

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conquis par les peuples pauvres. Est-il sûr que l’argent soit le ressort d’un bon Gouvernement ? Les systêmes de finances sont modernes. Je n’en vois rien sortir de bon ni de grand. Les Gouvernemens anciens ne connoissoient pas même ce mot de finance, & ce qu’ils faisoient avec des hommes est prodigieux. L’argent est tout au plus le supplément des hommes, & le supplément ne vaudra jamais la chose. Polonois, laissez-moi tout cet argent aux autres, ou contentez-vous de celui qu’il faudra bien qu’ils vous donnent, puisqu’ ils ont plus besoin de vos bleds que vous de leur or. Il vaut mieux, croyez-moi, vivre dans l’abondance que dans l’opulence ; soyez mieux que pécunieux, soyez riches : cultivez bien vos champs sans vous soucier du reste, bientôt vous moissonnerez de l’or, & plus qu’il n’en faut pour vous procurer l’huile & le vin qui vous manquent, puisqu’à cela près la Pologne abonde ou peut abonder de tout. Pour vous maintenir heureux & libres, ce sont des têtes, des cœurs & des bras qu’il vous faut ; c’est là ce qui fait la force d’un Etat & la prospérité d’un peuple. Les systêmes de finances font des ames vénales, & des qu’on ne veut que gagner, on gagne toujours plus à être fripon qu’honnête homme. L’emploi de l’argent se dévoie & se cache ; il est destiné à une chose & employé à une autre. Ceux qui le manient apprennent bientôt à le détourner, & que sont tous les surveillans qu’on leur donne, sinon d’autres fripons qu’on envoie partager avec eux ? S’il n’y avoit que des richesses publiques & manifestes ; si la marche de l’or laissoit une marque ostensible & ne pouvoit se cacher, il n’y auroit point d’expédient plus commode pour acheter des services, du courage,