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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/506

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vous ne remplirez pas les gazettes du bruit de vos fêtes de vos négociations de vos exploits, que les Philosophes ne vous encenseront pas, que les Poetes ne vous chanteront pas, qu’en Europe on parlera peu de vous : peut-être même affectera-t-on de vous dédaigner ; mais vous vivrez dans la véritable abondance dans la justice & dans la liberté ; mais on ne vous cherchera pas querelle, on vous craindra sans en faire semblant, & je vous réponds que les Russes ni d’autres ne viendront plus faire les maîtres chez vous, ou que, si pour leur malheur ils y viennent, ils seront beaucoup plus pressés d’en sortir. Ne tentez pas sur-tout d’allier ces deux projets ; ils sont trop contradictoires, & vouloir aller aux deux par une marche composée, c’est vouloir les manquer tous deux. Choisissez donc, & si vous préférez le premier parti cessez ici de me lire ; car de tout ce qui me reste à proposer, rien ne se rapporte plus qu’au second.

Il y a sans contredit d’excellentes vues économiques dans les papiers qui m’ont été communiqués. Le défaut que j’y vois est d’être plus favorables à la richesse qu’à la prospérité. En fait de nouveaux établissemens il ne faut pas se contenter d’en voir l’effet immédiat ; il faut encore en bien prévoir les conséquences éloignées mais nécessaires. Le projet pour exemple pour la vente des Starosties & pour la maniere d’en employer le produit me paroît bien entendu & d’une exécution facile dans le systême établi dans toute l’Europe de tout faire avec de l’argent. Mais ce systême est-il bon en lui-même & va-t-il bien à son but ? Est-il sûr que l’argent soit le nerf de la guerre ? Les peuples riches ont toujours été battus &