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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/503

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que toutes les fonctions publiques menassent ainsi de lune à l’autre ; afin que, nul ne s’arrangeant pour rester dans la sienne, ne s’en fît un métier lucratif & ne se mît au-dessus du jugement des hommes. Ce moyen rempliroit parfaitement le vœu de faire passer les enfans des citoyens opulens par l’état d’avocat, ainsi rendu honorable & passager. Je développerai mieux cette idée dans un moment.

Je dois dire ici en passant, puisque cela me vient à l’esprit, qu’il est contre le systême d’égalité dans l’ordre Equestre d’y établir des substitutions & des Majorats. Il faut que la législation tende toujours à diminuer la grande inégalité de fortune & de pouvoir qui met trop de distance entre les seigneurs & les simples nobles, & qu’un progres naturel tend toujours à augmenter. À l’égard du cens par lequel on fixeroit la quantité de terre qu’un noble doit posséder pour être admis aux Diétines, voyant à cela du bien & du mal, & ne connoissant pas assez le pays pour comparer les effets, je n’ose absolument décider cette question. Sans contredit il seroit à désirer qu’un citoyen ayant voix dans un Palatinat y possédât quelques terres, mais je n’aimerois pas trop qu’on en fixât la quantité : en comptant les possessions pour beaucoup de choses, faut-il donc tout-à-fait compter les hommes pour rien ? Eh quoi ! parce qu’un gentilhomme aura peu ou point de terre, cesse-t-il pour cela d’être libre & noble, & sa pauvreté seule est-elle un crime assez grave pour lui faire perdre son droit de citoyen ?

Au reste, il ne faut jamais souffrir qu’aucune loi tombe en désuétude. Fût-elle indifférente, fût-elle mauvaise il faut