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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/493

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particuliers auront le pouvoir de résister à la force exécutive, *

[*W. mss. "La force publique" ] ils croiront en avoir le droit, & tant qu’ils auront entr’eux de petites guerres, comment veut-on que l’Etat soit en paix ? J’avoue que les places fortes ont besoin de gardes ; mais pourquoi faut-il des places qui sont fortes seulement contre les citoyens, & foibles contre l’ennemi ? J’ai peur que cette réforme ne souffre des difficultés ; cependant je ne crois pas impossible de les vaincre, & pour peu qu’un citoyen puissant soit raisonnable, il consentira sans peine à n’avoir plus à lui de gens de guerre, quand aucun autre n’en aura.

J’ai dessein de parler ci-après des établissemens militaires ; ainsi je renvoie à cet article ce que j’aurois à dire dans celui-ci.

Le liberum veto n’est pas un droit vicieux en lui-même, mais si-tôt qu’il passe sa borne il devient le plus dangereux des abus : il étoit le garant de la liberté publique ; il n’est plus que l’instrument de l’oppression. Il ne reste, pour ôter cet abus funeste que d’en détruire la cause tout-à-fait. Mais il est dans le cœur de l’homme de tenir aux privileges individuels plus qu’à des avantages plus grands & plus généraux. Il n’y a qu’un patriotisme éclairé par l’expérience qui puisse apprendre à sacrifier à de plus grands biens un droit brillant devenu pernicieux par son abus, & dont cet abus est désormois inséparable. Tous les Polonois doivent sentir vivement les maux que leur a fait souffrir ce malheureux droit. S’ils aiment l’ordre & la paix, ils n’ont aucun moyen d’établir chez eux l’un & l’autre, tant qu’ils y laisseront subsister ce droit, bon dans la formation du Corps politique ou quand il a toute sa perfection,