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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/490

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Au lieu de cette fatale loi qui rendroit la Couronne héréditaire j’en proposerois une bien contraire, qui, si elle étoit admise, maintiendroit la liberté de la Pologne. Ce seroit d’ordonner par une loi fondamentale que jamais la Couronne ne passeroit du pere au fils & que tout fils d’un Roi de Pologne seroit pour toujours exclu du trône. Je dis que je proposerois cette loi si elle étoit nécessaire : mais occupé d’un projet qui feroit le même effet sans elle, je renvoie à sa place l’explication de ce projet, & supposant que par son effet les fils seront exclus du trône de leur pere, au moins immédiatement, je crois voir que la liberté bien assurée ne sera pas le seul avantage qui résultera de cette exclusion. Il en naîtra un autre encore très-considérable ; c’est en ôtant tout espoir aux Rois d’usurper & transmettre à leurs enfans un pouvoir arbitraire, de porter toute leur activité vers la gloire & la prospérité de l’Etat, la seule voie qui reste ouverte à leur ambition. C’est ainsi que le chef de la nation en deviendra, non plus l’ennemi-né, mais le premier citoyen. C’est ainsi qu’il fera sa grande affaire d’illustrer son regne par des établissemens utiles qui le rendent cher à son peuple, respectable à ses voisins, qui fassent bénir après lui sa mémoire, & c’est ainsi que, hors les moyens de nuire & de séduire qu’il ne faut jamais lui laisser, il conviendra d’augmenter sa puissance en tout ce qui peut concourir au bien public. Il aura peu de force immédiate & directe pour agir par lui-même, mais il aura beaucoup d’autorité, de surveillance & d’inspection pour contenir chacun dans son devoir, & pour diriger le Gouvernement à son véritable but. La présidence de la