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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/488

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on en laisse faire au Roi le moins qu’il est possible. Il seroit à désirer que tous les officiers du Roi fument aux gages de la République & non pas aux siens, & qu’on réduisît en même rapport tous les revenus royaux, afin de diminuer autant qu’il se peut le maniement des deniers par les mains du Roi.

On a proposé de rendre la Couronne héréditaire. Assurez-vous qu’au moment que cette loi sera portée la Pologne peut dire adieu pour jamais à sa liberté. On pense y pourvoir suffisamment en bornant la puissance royale. On ne voit pas que ces bornes posées par les loix seront franchies à troit de tems par des usurpations graduelles, & qu’un systême adopté & suivi sans interruption par une famille royale doit l’emporter à la longue sur une législation qui par sa nature tend sans cesse au relâchement. Si le Roi ne peut corrompre les Grands par des grâces, il peut toujours les corrompre par des promesses dont ses successeurs sont garans ; & comme les plans formés par la famille royale se perpétuent avec elle, on prendra bien plus de confiance en ses engagemens & l’on comptera bien plus sur leur accomplissement que quand la Couronne élective montre la fin des projets du Monarque avec celle de sa vie. La Pologne est libre parce que chaque regne est précédé d’un intervalle où la nation, rentrée dans tous ses droits & reprenant une vigueur nouvelle coupe le progres des abus & des usurpations, où la législation se remonte & reprend son premier ressort. Que deviendront les Pacta conventa l’égide de la Pologne, quand une famille établie sur le trône à perpétuité le remplira sans intervalle, & ne laissera à la nation, entre la mort du pere & le couronnement du