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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/487

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mais c’est assez du pouvoir qu’elles lui donnent sur les aspirans, sinon pour le mettre en état de changer la face du Gouvernement du moins pour lui en laisser l’espérance, & c’est sur-tout cette espérance qu’il importe de lui ôter à tout prix.

Pour le grand Chancelier, il doit ce me semble être de nomination royale. Les Rois sont les juges-nés de leurs peuples ; c’est pour cette fonction, quoiqu’ils l’aient tous abandonnée, qu’ils ont été établis ; elle ne peut leur être ôtée ; & quand ils ne veulent pas la remplir eux-mêmes, la nomination de leurs substituts en cette partie est de leur droit, parce que c’est toujours à eux de répondre des jugemens qui se rendent en leur nom. La nation peut, il est vrai, leur donner des assesseurs, & le doit lorsqu’ils ne jugent pas eux-mêmes : ainsi le tribunal de la Couronne, où préside, non le Roi, mais le grand Chancelier est sous l’inspection de la nation, & c’est avec raison que les Diétines en nomment les autres membres. Si le Roi jugeoit en personne, j’estime qu’il auroit le droit de juger seul. En tout état de cause son intérêt seroit toujours d’être juste, & jamais des jugemens iniques ne furent une bonne voie pour parvenir à l’usurpation.

À l’égard des autres dignités, tant de la Couronne que des Palatinats, qui ne sont que des titres honorifiques & donnent plus d’éclat que de crédit, on ne peut mieux faire que de lui en laisser la pleine disposition ; qu’il puisse honorer le mérite & flatter la vanité, mais qu’il ne puisse conférer la puissance.

La majesté du Trône doit être entretenue avec splendeur : mais il importe que de toute la dépense nécessaire à cet effet