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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/456

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honorable qui donneroit la préséance sur les autres enfans de leur âge sans excepter ceux des Grands.

Dans tous les colleges il faut établir un gymnase ou lieu d’exercices corporels pour les enfants. Cet article si négligé est selon moi la partie la plus importante de l’éducation, non-seulement pour former des tempéramens robustes & sains, mais encore plus pour l’objet moral qu’on néglige ou qu’on ne remplit que par un tas de préceptes pédantesques & vains, qui sont autant de paroles perdues. Je ne redirai jamais assez que la bonne éducation doit être négative. Empêchez les vices de naître, vous aurez assez fait pour la vertu. Le moyen en est de la derniere facilité dans la bonne éducation publique ; c’est de tenir toujours les enfans en haleine, non par d’ennuyeuses études où ils n’entendent rien & qu’ils prennent en haine par cela seul qu’ils sont forcés de rester en place ; mais par des exercices qui leur plaisent en satisfaisant au besoin qu’en croissant a leur corps de s’agiter, & dont l’agrément pour eux ne se bornera pas là.

On ne doit point permettre qu’ils jouent séparément à leur fantaisie, mais tous ensemble & en public, de manière qu’il y ait toujours un but commun auquel tous aspirent & qui excite la concurrence & l’émulation. Les parens qui préféreront l’éducation domestique *

[*W. mss. "l’éducation particulière"] & feront élever leurs enfans sous leurs yeux, doivent cependant les envoyer à ces exercices. Leur instruction peut être domestique & particulière mais leurs jeux doivent toujours être publics & communs à tous ; car il ne s’agit pas, seulement ici de les occuper, de leur former une constitution robuste, de les rendre agiles & découplés ; mais