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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/447

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antiques. Il est certain que la confédération de Bar a sauvé la patrie expirante. Il faut graver cette grande époque en caractères sacrés dans ans tous les cœurs Polonois Je voudrois qu’on érigeât un monument en sa mémoire, qu’on y mît les noms de tous les confédérés, même de ceux qui dans la suite auroient pu trahir la cause commune ; une si grande action doit effacer les fautes de toute la vie ; qu’on instituât une solemnité périodique pour la célébrer tous les dix ans avec une pompe non brillante & frivole, mais simple fiere & républicaine ; qu’on y fit dignement mais sans emphase l’éloge de ces vertueux citoyens qui ont eu l’honneur de souffrir pour la patrie dans les fers de l’ennemi, qu’on accordât même à leurs familles quelque privilege honorifique, qui rappellât toujours ce beau souvenir aux yeux du public. Je ne voudrois pourtant pas qu’on se permit dans ces solemnités aucune invective contre les Russes, ni même qu’on en parlât. Ce seroit trop les honorer. Ce silence, le souvenir de leur barbarie, & l’éloge de ceux qui leur ont résisté diront d’eux tout ce qu’il en faut dire ; vous devez trop les mépriser pour les haÏr.

Je voudrois que, par des honneurs par des récompenses publiques on donnât de l’éclat à toutes les vertus patriotiques, qu’on occupât sans cesse les citoyens de la patrie, qu’on en fit leur plus grande affaire, qu’on la tint incessamment sous leurs yeux. De cette manière ils auroient moins, je l’avoue, les moyens & le tems de s’enrichir, mais ils en auroient moins aussi le desir & le besoin : leurs cœurs apprendroient à connoître un autre bonheur quel celui de la fortune, & voilà l’art d’ennoblir les ames & d’en faire un instrument plus puissant que l’or.