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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/446

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avec lui tout ce qui les tente, tous se vendront au premier qui voudra les payer. Que leur importe à quel moître ils obéissent, de quel état ils suivent les loix ? Pourvu qu’ils trouvent de l’argent à voler & des femmes à corrompre, ils sont par-tout dans leur pays.

Donnez une autre pente aux passions des Polonois, vous donnerez à leurs ames une physionomie nationale qui les distinguera des autres peuples, qui les empêchera de se fondre, de se plaire de s’allier avec eux, une vigueur qui remplacera le jeu abusif des vains préceptes ; qui leur fera faire par goût & par passion ce qu’on ne fait jamais assez bien quand on ne le fait que par devoir ou par intérêt. C’est sur ces ames-là qu’une législation bien appropriée aura prise. Ils obéiront aux loix & ne les éluderont pas, parce qu’elles leur conviendront & qu’elles auront l’assentiment interne de leur volonté. Aimant la patrie, ils la serviront par zèle & de tout leur cœur. Avec ce seul sentiment la législation fût-elle mauvaise feroit de bons citoyens ; & il n’y a jamais que les bons citoyens qui fassent la force & la prospérité de l’Etat.

J’expliquerai ci-après le régime d’administration qui, sans presque toucher au fond de vos loix me paroît propre à porter le patriotisme & les vertus qui en sont inséparables au plus haut degré d’intensité qu’ils puissent avoir. Mais soit que vous adoptiez ou non ce régime, commencez toujours par donner aux Polonois une grande opinion d’eux-mêmes & de leur patrie : après la façon dont ils viennent de se montrer cette opinion ne sera pas fausse. Il faut saisir la circonstance de l’événement présent pour monter les ames