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par-tout où le laboureur se voit chargé à proportion du produit de son champ, il le laisse en friche, ou n’en retire exactement que ce qu’il lui faut pour vivre. Car pour qui perd le fruit de sa peine, c’est gagner que ne rien faire ; & mettre le travail à l’amende est un moyen fort singulier de bannir la paresse.

De la taxe sur les terres ou sur le bled, sur-tout quand elle est excessive, résultent deux inconvéniens si terribles, qu’ils doivent dépeupler & ruiner à la longue tous les pays où elle est établie.

Le premier vient du défaut de circulation des espèces : car le commerce & l’industrie attirent dans les capitales tout l’argent de la campagne : & l’impôt détruisant la proportion qui pouvoit se trouver encore entre les besoins du laboureur & le prix de son bled, l’argent vient sans cesse & ne retourne jamais ; plus la ville est riche, plus le pays est misérable. Le produit des tailles passe des mains du Prince ou du financier dans celles des artistes & des marchands ; & le cultivateur qui n’en reçoit jamais que la moindre partie s’épuise enfin en payant ton ours également & recevant toujours moins. Comment voudroit-on que pût vivre un homme qui n’auroit que des veines & point d’arteres, ou dont les arteres ne porteroient le sang qu’à quatre doigts du cœur ? Chardin dit qu’en Perse les droits du roi sur les denrées se payent aussi en denrées ; cet usage, qu’Hérodote témoigne avoir autrefois été pratiqué dans le même pays jusqu’à Darius, peut prévenir le mal dont je viens de parler. Mais, à moins qu’en Perse les intendans, directeurs, commis & gardes-magasin ne