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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/409

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la justice ; les uns & les autres se formeront ainsi de vertueux successeurs, & transmettront d’âge en âge aux générations suivantes, l’expérience & les talens des chefs, le courage & la vertu des citoyens, & l’émulation commune à tous de vivre & mourir pour la patrie.

Je ne sache que trois peuples qui aient autrefois pratiqué l’éducation publique ; savoir, les Crétois, les Lacédémoniens & les anciens Perses : chez tous les trois elle eut le plus grand succès, & fit des prodiges chez les deux derniers. Quand le monde s’est trouvé divisé en nations trop grandes pour pouvoir être bien gouvernées, ce moyen n’a plus été praticable ; & d’autres raisons, que le lecteur peut voir aisément, ont encore empêché qu’il n’ait été tenté chez aucun peuple moderne. C’est une chose très-remarquable que les Romains aient pu s’en passer ; mais Rome fut durant cinq cents ans un miracle continuel, que le monde ne doit plus espérer de revoir. La vertu des Romains, engendrée par l’horreur de la tyrannie & des crimes des tyrans, & par l’amour inné de la patrie, fit de toutes leurs maisons autant d’écoles de citoyens ; & le pouvoir sans bornes des peres sur leurs enfans, mit tant de sévérité dans la police particulière, que le pere plus craint que les magistrats, étoit dans son tribunal domestique le censeur des mœurs & le vengeur des lois. Voyez EDUCATION.

C’est ainsi qu’un Gouvernement attentif & bien intentionné, veillant sans cesse à maintenir ou rappeler chez le peuple l’amour de la patrie & les bonnes mœurs, prévient de loin les maux qui résultent tôt ou tard de l’indifférence des citoyens pour le sort de la République, & contient dans d’étroites