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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/407

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qui absorbe toute vertu & fait la vie des petites ames. Comment l’amour de la patrie pourroit-il germer au milieu de tant d’autres passions qui l’étouffent ? & que reste-t-il pour les concitoyens d’un cœur déjà partagé entre l’avarice, une maîtresse, & la vanité ?

C’est du premier moment de la vie, qu’il faut apprendre à mériter de vivre ; & comme on participe en naissant aux droits des citoyens, l’instant de notre naissance doit être le commencement de l’exercice de nos devoirs. S’il y a des loix pour l’âge mûr, il doit y en avoir pour l’enfance, qui enseignent à obéir aux autres ; & comme on ne laisse pas la raison de chaque homme unique arbitre de ses devoirs, on doit d’autant moins abandonner aux lumieres & aux préjugés des peres l’éducation de leurs enfans, qu’elle importe à l’Etat encore plus qu’aux peres ; car, selon le cours de la nature, la mort du pere lui dérobe souvent les derniers fruits de cette éducation, mais la patrie en sent tôt ou tard les effets ; l’Etat demeure, & la famille se dissout. Que si l’autorité publique, en prenant la place des peres, & se chargeant de cette importante fonction, acquiert leurs droits en remplissant leurs devoirs, ils ont d’autant moins sujet de s’en plaindre, qu’à cet égard ils ne font proprement que changer de nom, & qu’ils auront en commun, sous le nom de citoyens, la même autorité sur leurs enfans qu’ils exerçoient séparément sous le nom de peres, & n’en seront pas moins obéis en parlant au nom de la loi, qu’ils l’étoient en parlant au nom de la nature. L’éducation publique, sous des règles prescrites par le Gouvernement, & sous des magistrats établis par le Souverain,