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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/405

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le devenir. Les hommes inégalement distribués sur le territoire, & entassés dans un lieu tandis que les autres se dépeuplent ; les arts d’agrément & de pure industrie favorisés aux dépens des métiers utiles & pénibles ; l’agriculture sacrifiée au commerce ; le publicain rendu nécessaire parla mauvaise administration des deniers de l’Etat ; enfin la vénalité poussée à tel excès, que la considération se compte avec les pistoles, & que les vertus mêmes se vendent à prix d’argent : telles sont les causes les plus sensibles de l’opulence & de la misere, de l’intérêt particulier substitué à l’intérêt publie, de la haine mutuelle des citoyens, de leur indifférence pour la cause commune, de la corruption du peuple, & de l’affaiblissement de tous les ressorts du Gouvernement. Tels sont par conséquent les maux qu’on guérit difficilement quand ils se font sentir, mais qu’une sage administration doit prévenir, pour maintenir avec les bonnes mœurs le respect pour les loix, l’amour de la patrie, & la vigueur de la volonté générale.

Mais toutes ces précautions seront insuffisantes, si l’on ne s’y prend de plus loin encore. Je finis cette partie de l’ économie publique par où j’aurois dû la commencer. La patrie ne peut subsister sans la liberté, ni la liberté sans la vertu, ni la vertu sans les citoyens ; vous aurez tout si vous formez des citoyens ; sans cela vous n’aurez que de méchante esclaves, à commencer par les chefs de l’Etat. Or, former des citoyens n’est pas l’affaire d’un jour ; & pour les avoir hommes, il faut les instruire enfans. Qu’on me dise que quiconque a des hommes à gouverner, ne doit pas chercher hors de leur nature