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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/404

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les jours : ne passez jamais vos droits, & bientôt ils seront sans bornes.

Que la patrie se montre donc la mere commune des citoyens, que les avantages dont ils jouissent dans leur pays le leur rendent cher, que le Gouvernement leur laisse assez de part à l’administration publique pour sentir qu’ils sont chez eux, & que les loix ne soient à leurs yeux que les garante de la commune liberté. Ces droits, tout beaux qu’ils sont, appartiennent à tous les hommes ; mais sans paroître les attaquer directement, la mauvaise volonté des chefs en réduit aisément l’effet à rien. La Loi dont on abuse sert à la fois au puissant d’arme offensive, & de bouclier contre le foible, & le prétexte du bien publie est toujours le plus dangereux fléau du peuple. Ce qu’il y a de plus nécessaire, & peut-être de plus difficile dans le Gouvernement, c’est une intégrité sévère à rendre justice à tous, & sur-tout à protéger le pauvre contre la tyrannie du riche. Le plus grand mal est déjà fait, quand on a des pauvres à défendre & des riches à contenir. C’est sur la médiocrité seule que s’exerce toute la force des loix ; elles sont également impuissantes contre les trésors du riche & contre la misere du pauvre ; le premier les élude, le second leur échappe ; l’un brise la toile, & l’autre passe au-travers.

C’est donc une des plus importantes affaires du Gouvernement, de prévenir l’extrême inégalité des fortunes, non en enlevant les trésors à leurs possesseurs, mais en ôtant à tous les moyens d’en accumuler, ni en bâtissant des hôpitaux pour les pauvres, mais en garantissant les citoyens de