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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/396

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tardera pas à braver les supplices ; châtiment moins rigoureux, moins continuel, & auquel on a du moins l’espoir d’échapper ; & quelques précautions qu’on prenne, ceux qui n’attendent que l’impunité pour mal faire, ne manquent guères de moyens d’éluder la loi ou d’échapper à la peine. Alors comme tous les intérêts particuliers se réunissent contre l’intérêt général qui n’est plus celui de personne, les vices publics ont plus de force pour énerver les loix, que les loix n’en ont pour réprimer les vices ; & la corruption du peuple & des chefs s’étend enfin jusqu’au Gouvernement, quelque sage qu’il puisse être : le pire de tous les abus est de n’obéir en apparence aux loix que pour les enfreindre en effet avec sûreté. Bientôt les meilleures loix deviennent les plus funestes : il vaudroit mieux cent fois qu’elles n’existassent pas ; ce seroit une ressource qu’on auroit encore quand il n’en reste plus. Dans une pareille situation l’on ajoute vainement édits sur édits, règlemens sur règlemens. Tout cela ne sert qu’à introduire d’autres abus sans corriger les premiers. Plus vous multipliez les loix, plus vous les rendez méprisables ; & tous les surveillans que vous instituez ne sont que de nouveaux infracteurs destinés à partager avec les anciens, ou à faire leur pillage à part. Bientôt le prix de la vertu devient celui du brigandage : les hommes les plus vils sont les plus accrédités ; plus ils sont grands, plus ils sont méprisables ; leur infamie éclate dans leurs dignités, & ils sont déshonorés par leurs honneurs. S’ils achètent les suffrages des chefs ou la protection des femmes, c’est pour vendre à leur tour la justice, le devoir & l’Etat ; & le peuple