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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/395

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loix aux peuples, & n’employoient leur autorité qu’à les rendre sages & heureux. De là tant de loix somptuaires, tant de règlemens sur les mœurs, tant de maximes publiques admises ou rejetées avec le plus grand soin. Les tyrans mêmes n’oubliaient pas cette importante partie de l’administration, & on les voyoit attentifs à corrompre les mœurs de leurs esclaves avec autant de soin qu’en avoient les magistrats à corriger celles de leurs concitoyens. Mais nos Gouvernemens modernes qui croient avoir tout fait quand ils ont tiré de l’argent, n’imaginent pas même qu’il soit nécessaire ou possible d’aller jusque-là.

II. Seconde regle essentielle de l’économie publique, non moins importante que la première. Voulez-vous que la volonté générale soit accomplie ? Faites que toutes les volontés particulières s’y rapportent ; & comme la vertu n’est que cette conformité de la volonté particulière à la générale, pour dire la même chose en un mot, faites régner la vertu.

Si les politiques étoient moins aveuglés par leur ambition, ils verroient combien il est impossible qu’aucun établissement quel qu’il soit, puisse marcher selon l’esprit de son institution, s’il n’est dirigé selon la loi du devoir ; ils sentiroient que le plus grand ressort de l’autorité publique est dans le cœur des citoyens, & que rien ne peut suppléer aux mœurs pour le maintien du Gouvernement. Non-seulement il n’y a que des gens de bien qui sachent administrer les loix, mais il n’y a dans le fond que d’honnêtes gens qui sachent leur obéir. Celui qui vient à bout de braver les remords, ne