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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/387

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raison inverse du devoir, & augmente à mesure que l’association devient plus étroite & l’engagement moins sacré ; preuve invincible que la volonté la plus générale est aussi toujours la plus juste, & que la voix du peuple est en effet la voix de Dieu.

Il ne s’ensuit pas pour cela que les délibérations publiques soient toujours équitables ; elles peuvent ne l’être pas lorsqu’il s’agit d’affaires étrangères ; j’en ai dit la raison. Ainsi, il n’est pas impossible qu’une République bien gouvernée fasse une guerre injuste. Il ne l’est pas non plus que le conseil d’une démocratie passe de mauvais décrets & condamne les innocents : mais cela n’arrivera jamais, que le peuple ne soit séduit par des intérêts particuliers, qu’avec du crédit & de l’éloquence quelques hommes adroits sauront substituer aux siens. Alors autre chose sera la délibération publique, & autre chose la volonté générale. Qu’on ne m’oppose donc point la démocratie d’Athènes, parce qu’Athènes n’étoit point en effet une démocratie, mais une aristocratie très-tyrannique, gouvernée par des savans & des orateurs. Examinez avec soin ce qui se passe dans une délibération quelconque, & vous verrez que la volonté générale est toujours pour le bien commun ; mais très-souvent il se fait une scission secrète, une confédération tacite, qui pour des vues particulieres sait éluder la disposition naturelle de l’assemblée. Alors le Corps social se devise réellement en d’autres dont les membres prennent une volonté générale, bonne & juste à l’égard de ces nouveaux Corps, injuste & mauvaise à l’égard du tout dont chacun d’eux se démembre.