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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/173

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point médiocre, mais quarré & bien proportionné, fort agile, & fort vif ; les jambes charnues & robustes, tout le devant du corps nud, mais le derriere couvert de poils noirs. À la premiere vue, son visage ressembloit à celui d’un homme, mais il avoit le nez plat & recourbé ; ses oreilles étoient aussi celles de l’espece humaine ; son sein, car c’étoit une femelle, étoit potelé, son nombril enfoncé, ses épaules fort bien jointes, ses mains divisées en doigts & en pouces, ses mollets & ses talons gras & charnus. Il marchoit souvent droit sur ses jambes, il étoit capable de lever & porter des fardeaux assez lourds. Lorsqu’il vouloit boire, il prenoit d’une main le couverele du pot, & tenoit le fond de l’autre. Ensuite il s’essuyoit gracieusement les levres. Il se couchoit pour dormir, la tête sur un coussin, se couvrant avec tant d’adresse qu’on l’auroit pris pour un homme au lit. Les Negres font d’étranges récits de cet animal. Ils assurent non-seulement qu’il force les femmes & les filles, mais qu’il ose attaquer des hommes armés ; en un mot il y a beaucoup d’apparence que c’est le satyre des anciens. Merolla ne parle peut-être que de ces animaux, lorsqu’il raconte que les Negres prennent quelquefois dans leurs chasses des hommes & des femmes sauvages."

Il est encore parlé de ces especes d’animaux anthropoformes dans le troisieme Tome de la même histoire des Voyages sous le nom de Beggos & de Mandrills : mais, pour nous en tenir aux relations précédentes, on trouve dans la description de ces prétendus monstres des conformités frappantes avec l’espece humaine, & des différences moindres que celles qu’on pourroit assigner d’homme à homme. On ne voit point dans ces passages les raisons sur lesquelles les auteurs se fondent pour refuser aux animaux en question